Johan Parent développe une pratique multiforme qui met en évidence le changement de statut de l'objet dans notre société, depuis l'avènement de l'automatisme. Dans l'héritage de Marcel Duchamp et de ses machines célibataires, il réalise ce qu'il appelle des « performances d'objets », œuvres composées d'installations, de vidéos, de dessins, où des objets familiers, animés d'un mouvement, se mettent à fonctionner de manière autonome, dans une action dépourvue de finalité. Ainsi, l'artiste envisage les objets à travers une déconstruction de leur fonctionnalité et de leur dépendance à la présence humaine. Au départ prothèses créées par l'homme, les machines finissent par symboliquement se substituer à lui et le caricaturer, ou mimer des situations corporelles. Personnifiés et dotés d'une étrange énergie, les objets deviennent alors des machines absurdes, contre-productives.

 

Johan Parent travaille dans le même temps sur nos espaces qu'il fait basculer dans une atmosphère rendue inquiétante, par ce principe de détournement et de dysfonctionnement des objets. Jouant sur la saturation ou le brouillage des espaces visuels et sonores, et orchestrant en circuits fermés des mécaniques compulsives, l'artiste crée des dispositifs autarciques qui traduisent des symptômes d'époque (anxiété, défaillance, sens désaccordés…). Comme si l'extrême de la technicité, sa maîtrise sans limite, généraient des environnements qui nous dépassent, des univers déshumanisés.