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OPEN SPACE

Espace Vallès - 2019 

Entretien entre Benoît Lamy de la Chapelle et Johan Parent

''Vous semblez avoir trouvé une base de travail claire avec ces univers froids et déshumanisés que vous reproduisez à votre manière lors de chaque projet. D'une certaine manière vous singez le monde de l'entreprise ou le système de fonctionnement organisationnel dominant dans notre société. Si critique il y a , en quoi l'art vous semble être un bon moyen pour y réagir ? ''

 

+  (suite du texte)

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Entreprise X, directeur des ressources humaines

Entretien réalisé avec Benoit Lamy De La Chapelle dans le cadre de l'exposition Open Space - 2019

_Bonjour Monsieur Parent, avant que vous nous expliquiez votre projet plus en détail, ainsi que ses enjeux, je vous demanderais de bien vouloir revenir sur votre parcours professionnel, de nous présenter votre démarche générale en tant qu’artiste, ce qui vous amène à nous en somme.
 

_ Naturellement curieux, manuel et passionné par les objets et l’espace, il était évident pour moi de faire des études dans le domaine de l’art.

Ayant obtenu mon DNSEP à l’ESAAA, je participe depuis 10 ans à des manifestations collectives et personnelles, principalement en France, mais également à l’étranger. Le but est bien sûr de développer ma pratique, plutôt multiforme, qui s’articule autour de la question de l’objet et de l’espace.
A travers une économie de moyens et parfois avec quelques humeurs ‘‘pince sans rire’’, je cherche d’abord à détourner les objets, afin de leur attribuer des anomalies ou autres activités humaines. L’idée est tantôt de les personnifier (Machine formolisée, 2009), tantôt de les rendre autonome (Persistance, 2010). La performance d’objet, présente dans les vidéos, dessins et installations que je réalise, rend compte d’une forme de libération. Libération rendue paradoxalement possible, par une forme d’enfermement, de confinement donné par un cadre ou un espace (Self lavage, 2015).
La deuxième chose présente dans mon travail est le rapport à l’espace. Il est pour moi indissociable à la question de l’objet. C’est notamment pourquoi je me transforme volontiers en scénographe, pour la mise en espace de mes projets personnels. Mes expositions deviennent des environnements où se déploie chaque installation autonome. L’ensemble crée des univers froids et déshumanisés, qui se référent à des espaces génériques. C’est dans cette optique que j’ai par exemple transformé le Centre d’Art de Flaine en une administration incertaine (Sfumato- Vertigo, 2015) et métamorphosé l’espace d’exposition de la Société STMicroelectronics en aire de repos (At work, 2018).

_Vous semblez avoir trouvé une base de travail claire avec ces univers froids et déshumanisés que vous reproduisez à votre manière lors de chaque projet. D’une certaine manière vous singez le monde de l’entreprise ou le système de fonctionnement organisationnel dominant dans notre société. Si critique il y a , en quoi l’art vous semble être un bon moyen pour y réagir?


_ Si je fais référence à des univers bureautiques et administratifs, c’est pour mieux glisser quelques dérèglements dans un fonctionnement organisationnel. Introduire du dysfonctionnement est antinomique à la fonction des espaces et des objets. À mon sens, cela génère de l’absurdité et une mise à distance. Cette dernière met en exergue ce qui est latent ou ce que l’on ne regarde plus, révèle des espaces neutres que l’on parcourt de façon automatique (Laboratoire vertigo, 2016).
Cela m’amène à dire que mon travail est davantage ’’revival’’ que critique... Et à considérer mes productions comme poétiques voir énigmatiques. Plutôt que d’imposer un message, j’aime quand les oeuvres proposent une contemplation réflexive sur le monde qui nous entoure. Et puisque ce dernier est régit par une tertiarisation globale, il me semble naturel d’intégrer une ‘‘esthétique bureautique’’ à mes installations. Avec Open Space, l’exposition est conçue comme un plateau où se chevauche salle d’attente, aire de travail et espace de réflexion. C’est dans ces univers proches du concept de bureaux paysagers, que le visiteur-passant est invité à contempler et à s’approprier les oeuvres.

_Selon vos compétences, qu’est ce que ce projet apportera au lieu d’exposition, à son public? En d’autres termes, comment votre démarche se rattache et s’adapte de manière cohérente ici à une problématique située?
 

_Fabriquer des environnements, comme énoncé plus haut, amène l’espace d’exposition à théâtraliser la neutralité d’autres espaces, notamment celui du bureau. Par ce même biais, la neutralité de l’espace d’exposition est elle-même révélée au visiteur, en même temps qu’il est désacralisé au profit d’une esthétique fonctionnelle.
En ce qui concerne le visiteur d’une exposition, je le considère comme un passant. Que ce soit au travail, dans une administration, nous traversons un espace collectif, suivons un parcours pour une durée limitée. Avec Open Space, le rapport au visiteur s’inscrit dans cette même approche. Il se déplace dans une petite société autarcique organisée par des oeuvres autonomes, qui fonctionnent pour elles mêmes. Elles n’ont d’ailleurs pas vraiment besoin du public pour exister. Une fois que celui-ci est parti, les productions continuent de fonctionner, de ‘‘vivre’’ par le mouvement que je leur insuffle. On retrouve cette idée avec la vidéo Wait et Chercheur, installation composée de loupes motorisées, qui tournent, en vain, sur la surface d’un miroir.

_ En tant qu’artiste, quelle est votre plus grande qualité et votre plus grand défaut?


_ Je dirais que le sens de l’organisation est requis pour fabriquer de l’absence et cultiver la défaillance.

_Comment entrevoyez-vous la place de l’artiste dans l’avenir dans cette neutralisation excessive des espaces sociaux et publics que reflète votre travail? voyez vous l’artiste comme un élément qui tend à se standardiser?
_Si standardisation il y a, elle est à mon avis induite par le statut de l’artiste qui est à la fois patron et employé de son entreprise. Administrativement, l’entrepreneuriat à des règles à respecter. Et indirectement, je pense que cela a une à influence sur la production et la place des artistes.

En revanche, je ne suis pas sûr que ces derniers sont tous sensibles à la question de la neutralisation des espaces. Pour ma part, celle-ci est simplement une source d’inspiration et de questionnement qui vient alimenter ma pratique. Ce qui m’intéresse dans la neutralité, c’est sa dimension générique, indifférente. L’impersonnalité apparente qui se dégage du neutre, le ramène paradoxalement vers une position forte qui possède sa propre efficacité.


_Eh bien Monsieur Parent merci, nous allons prendre un peu de temps pour réfléchir à votre prestation ainsi que celles des différents candidats et nous reviendrons vers vous par email. Nous vous souhaitons un bonne journée.

Entreprise X
page open space

WORK

 22/21 

 DELIRIUM WAY

[Elongation]  [Dancing hall]  [Grow room]  [Variation] [Compression]

20 

PERSPECTIVES MULTIPLES

[Laboratoire vertigo]  [Echo]  [Zone d'éclatement]

19/18 

OPEN SPACE

[Burn out]  [Chercheur]  [Matière grise]  [S.O.M]

[Performance d'une machine détraquée]

17/16 

LABORATOIRE VERTIGO

[Laboratoire vertigo]  [Clac clac clac] 

15/14 

SFUMATO VERTIGO

[Matière grise]  [Echo]  [Laboratoire vertigo]  [Flow] 

[Sinkhole]

12 

ASPHALT

[Echo]  [Sablière]  [Objet asphyxié]  [Persistance 

10/08 

MACHINE HYPONCONDRIAQUE

[Burn out]  [Chercheur]  [Matière grise]  [S.O.M]  [Marathon]

STATEMENT

Johan Parent développe une pratique multiforme qui met en évidence le changement de statut de l'objet dans notre société, depuis l'avènement de l'automatisme. Dans l'héritage de Marcel Duchamp et de ses machines célibataires, il réalise ce qu'il appelle des « performances d'objets », œuvres composées d'installations, de vidéos, de dessins, où des objets familiers, animés d'un mouvement, se mettent à fonctionner de manière autonome, dans une action dépourvue de finalité. Ainsi, l'artiste envisage les objets à travers une déconstruction de leur fonctionnalité et de leur dépendance à la présence humaine. Au départ prothèses créées par l'homme, les machines finissent par symboliquement se substituer à lui et le caricaturer, ou mimer des situations corporelles. Personnifiés et dotés d'une étrange énergie, les objets deviennent alors des machines absurdes, contre-productives.

 

Johan Parent travaille dans le même temps sur nos espaces qu'il fait basculer dans une atmosphère rendue inquiétante, par ce principe de détournement et de dysfonctionnement des objets. Jouant sur la saturation ou le brouillage des espaces visuels et sonores, et orchestrant en circuits fermés des mécaniques compulsives, l'artiste crée des dispositifs autarciques qui traduisent des symptômes d'époque (anxiété, défaillance, sens désaccordés…). Comme si l'extrême de la technicité, sa maîtrise sans limite, généraient des environnements qui nous dépassent, des univers déshumanisés

NEWS

23 (à venir)

RESIDENCE RAU

Regard d’Artiste sur l’Urbanisme, Tourcoing

20-11-22   27-11-22

DYPTIQUES

Ecole d'art de Belfort - 2022 - Programmation Hors le murs du 37e Festival International du Film Entrevues Belfort 

30-10-20   8-11-20

BIENNALE CARBONE 20 - Récoltes et semailles  

Les Limbes, Saint-Étienne 

10-10-20   29-11-20

BIENNALE DE L'ARCHITECTURE DISPARUE

- Le côte ombre

Musée Faure, Aix les Bains 

25-07-20  

SELF LAVAGE

Solo pop up show, Plexus Project, New York

11-07-20   28-08-20

NEBULEUSE

Exposition collective, Centre d'art de Flaine

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