A propos de Circulation Project

Par Nicolas-Xavier Ferrand - 2017

 

Le masquage des publicités sur les photographies n’est pas l’apanage de Johan Parent. On pense notamment à Christian Robert-Tissot. Cependant, la critique d’un monde saturé d’injonctions publicitaires n’est pas au coeur du travail de l’artiste. Celui-ci envisage davantage le panneau comme un moyen de transport.

Par les images et les informations inscrites, le panneau publicitaire nous emmène vers d’autres lieux, plages, magasins, perspectives d’achat. Son statut est donc assez particulier, puisqu’il commande la concentration du regard sur lui, pour mieux s’esquiver et détourner notre attention sur un ailleurs. Par l’opération numérique précédemment décrite, Johan Parent rend au panneau son caractère autonome et objectal, tout en conservant la dimension d’interface.

Un mot, avant, sur la technique. La prise de vue se veut froide, frontale. Une forme d’objectivité s’en dégage, objectivité qui rappelle les travaux de Walker Evans sur les façades des maisons victoriennes de Boston, ou encore l’école de Düsseldorf de Bernd et Hilla Becher. Une fois le trou numérique placé, le tout est imprimé en 40x50, avec une bordure autour de l’épreuve accentuant sa saveur documentaire. L’artiste justifie ce format modeste par une visée

antispectaculaire, et la volonté d’arriver à quelque chose d’objectal. L’immersion est bien recherchée, simplement pas par le format.

Ce qui est à l’oeuvre ici, c’est la réification du panneau publicitaire. Ce qui était le support du voyage devient un objet immanquable, qui nous aspire, nous commande de le regarder. Le motif particulier employé par Johan Parent, une forme perspectiviste qui rappelle l’enceinte audio, absorbe le regard du spectateur, à la manière du monolithe noir de 2001 L’Odyssée de l’espace. Chaque photographie nous ramène sans cesse ici au caractère objectal de son sujet, et,

au-delà, d’elle-même. En effet, en tant que procédé mimétique par excellence, la photographie peut avoir tendance à s’oublier devant ce qu’elle représente, l’adhérence au sujet constituant une partie de son ADN. Un curieux effet se produit alors : Johan Parent a beau nous refuser la sensation de perspective, nous avons rarement eu autant la sensation de l’espace face à une photographie. Le panneau et la photographie, ainsi fortement réifiés, attirent l’attention sur

eux, davantage que sur ce qu’ils véhiculent. Johan Parent, de façon subtile et sensible, rend visible, tangible, ce que nous ne pouvions voir.

Au fond, ce travail relève du caché, de l’occultation, voire même, de l’évitement. Johan Parent met ici en question l’écriture photographique et son essence étymologique, « l’écriture par la lumière » avec tout son champ lexical : révélation, révélateur, perspective, rendre visible. Le champ – et c’est d’ailleurs tout le principe d’un champ – acte une forme de territorialisation spécifique couramment admis concernant le langage de la photo. A rebours de ce réflexe, Johan Parent choisit au contraire d’abstraire, de cacher, de dérober. C’est une autre façon de se connecter à l’essence de la photographie, langage de la construction insidieuse, du trucage invisible, de l’artifice mimétique.

En plaçant cette stèle hétérogène, l’artiste décrypte les processus de construction de l’image, d’habitude habilement dissimulés. Il rend visible la nature « élaboratrice » du discours et rend au médium toute sa force.

Le titre de « Circulation » n’est pas usurpé. Si les autres panneaux figurant dans l’installation sont le fruit de rencontres hasardeuses produites lors des pérégrinations de l’artiste, c’est surtout par ce nouveau chemin proposé au regard, qui se pose autant sur des objets que sur des images, autant sur des présences que sur des projections, qui fait la force de ce travail. Le spectateur est piégé dans un va-et-vient entre les catégories, entre les modalités de la

perception. Il est lui aussi forcé de circuler, et de reconsidérer ses propres définitions.

Avec ses Circulations, Johan Parent ne rend rien évident, mais rend tout visible.

Johan Parent

Johan Parent développe une pratique multiforme qui met en évidence le changement de statut de l'objet dans notre société, depuis l'avènement de l'automatisme. Dans l'héritage de Marcel Duchamp et de ses machines célibataires, il réalise ce qu'il appelle des « performances d'objets », œuvres composées d'installations, de vidéos, de dessins, où des objets familiers, animés d'un mouvement, se mettent à fonctionner de manière autonome, dans une action dépourvue de finalité. Ainsi, l'artiste envisage les objets à travers une déconstruction de leur fonctionnalité et de leur dépendance à la présence humaine. Au départ prothèses créées par l'homme, les machines finissent par symboliquement se substituer à lui et le caricaturer, ou mimer des situations corporelles. Personnifiés et dotés d'une étrange énergie, les objets deviennent alors des machines absurdes, contre-productives.

 

Johan Parent travaille dans le même temps sur nos espaces qu'il fait basculer dans une atmosphère rendue inquiétante, par ce principe de détournement et de dysfonctionnement des objets. Jouant sur la saturation ou le brouillage des espaces visuels et sonores, et orchestrant en circuits fermés des mécaniques compulsives, l'artiste crée des dispositifs autarciques qui traduisent des symptômes d'époque (anxiété, défaillance, sens désaccordés…). Comme si l'extrême de la technicité, sa maîtrise sans limite, généraient des environnements qui nous dépassent, des univers déshumanisés

Self lavage 

Vitrine exhibition - Solo pop up show - Plexus Project Gallery, Brooklyn, NYC - USA 

 25-07-20

Nébuleuse 

 Exposition collective, Centre d'Art de  Flaine - Commissariat: Anthony Lenoir

11-07-20   28-08-20

​ 

Temps supendu

Exposition collective, Plateforme, Paris

10-09-20   27-09-2020

Biennale de l'architecture disparue 

Le côté ombre - Exposition collective, Aix les bains - Commissariat: Solarium Tournant - 10-10-20  29-10-2020

 

Biennale d'Art Contemporain Carbone 20 - Récoltes et semailles 

 Les Limbes, Saint-Étienne - Commissariat: Relief - 30-10-20   8-11-20

FACTORY copie2.png